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Un haïku ?

Ces trois lignes ne m’ont jamais quitté, désormais les voilà inscrites ici et donc bien à l’abri. Elles sont issues du poème Le Guetteur mélancolique écrit autour de 1897 par Guillaume  Apollinaire  et publié en 1952 dans le recueil éponyme.

Et toi mon coeur pourquoi bats-tu

Comme un guetteur mélancolique

J’observe la nuit et la mort.

Il n’y a rien à expliquer dans ce poème, juste laisser résonner le sens des mots et deviner le silence qui les entoure.

Le Petit Poucet

Finalement, ce blog que je compare à un puzzle dont je tire les pièces au hasard pour les assembler selon un motif dont j’ignore encore tout, ce blog donc, ressemble de plus en plus à l’histoire du Petit Poucet.

Mes billets sont autant de cailloux que je pose et dont je vais suivre la piste pour ne pas me perdre dans la forêt d’aujourd’hui et me retrouver dans les recoins obscurs de celle d’hier…

Un fil conducteur aiderait bien aussi mais va falloir faire sans !

Indélébile

Il y a des lignes qui ne s’effaceront jamais. Celles qui se sont formées lorsque qu’adolescents nous nous sommes rencontrés. Un peu comme celles du réseau du métro parisien, cette arborescence immense, que l’on voyait sur les panneaux lumineux de certaines stations. On choisissait son point d’arrivée et l’itinéraire à suivre s’allumait avec tous ses changements et je trouvais cela magique.

Aujourd’hui rien ne s’est perdu et dans les chemins de mon esprit, malgré les correspondances diverses, les voies désaffectées et les nouvelles lignes que l’un comme l’autre nous avons ouvertes, le trajet qui mène vers toi est toujours en fonctionnement.

De neurones en synapses, les connections fortes de cette période de ma vie sont intactes et je ne peux pas m’empêcher de voir également dans ces trames, le réseau de ces cellules anarchiques et néfastes qui t’attaquent.

J’appuie de toutes mes forces sur les boutons pour allumer toutes les stations qui vont vers toi et garder inaltéré ce balisage amoureux.

Incroyable !

J’avais totalement oublié ce souvenir. Oublié ? Occulté devrait-on dire.

Il arrivait régulièrement que le soir, sans raison particulière, nous entamions une bataille d’oreillers avec notre mère !

Cela commençait par quelques coussins très mous du salon, que mon frère et moi nous balancions à travers la pièce, cette simple entrée en matière suffisait pour que, contaminée par la situation, ma mère se pique au jeu.

Bien sûr, elle nous disait en même temps d’arrêter mais petit à petit la bataille s’amplifiait et nous passions aux choses sérieuses. Dans sa grande chambre, en deux camps bien définis (elle d’un côté de son grand lit et nous deux de l’autre), nous pouvions alors utiliser des gros oreillers et l’arme suprême, le traversin (devait bien peser 5 Kg à lui seul !).

La situation dégénérait fatalement et se terminait dans les pleurs (les miens ou ceux de mon frère car une seconde lutte, intestine celle-là, se déclarait également) ou dans les remontrances (de nombreux objets subissaient des dégâts collatéraux).

Mais en réalité, je crois que ces moments étaient les seuls de vrai fou-rire pour elle à cette époque, les seuls où elle se lâchait vraiment et pendant lesquels se dévoilaient son caractère et sa nature. Un côté un peu immature, capable d’oublier la réalité de sa situation tout en sachant au fond d’elle même qu’elle se ferait rattraper inévitablement par de nombreuses contingences.

Ces polochons étaient comme le sable dans lequel on dit que l’autruche met sa tête à l’abri.

Jeux d’échecs

Tout me plaît dans le jeu d’échecs.

Depuis l’échiquier jusqu’aux pièces elles-mêmes, sans oublier l’histoire du jeu, la vie des grands joueurs du passé, l’infinité de possibilités offertes par quelques règles simples (et c’est là que réside la difficulté…), bref j’aime tout !

Cela remonte à loin, et on va retrouver, là encore, la marque du père. Car qui, sinon lui, initie ses enfants à ce jeu ? Comment le goût des échecs se transmet-il ?

Je devais avoir 5 ou 6 ans, et de temps en temps, mon père me proposait une partie. Il fallait disposer les pièces correctement et surtout placer l’échiquier “avec une case blanche à ta droite“. J’ai toujours ce jeu même s’il est bien usé par les années, c’est un jeu “fantaisie”, d’origine espagnole, dont les pièces ne sont pas du tout standard et totalement désuètes aujourd’hui, je vous l’offre en illustration de ce billet ( et si quelqu’un le reconnaît ou en possède un exemplaire …)

Puis le rituel magique pouvait débuter : “les blancs commencent“, “je roque !“, “j’adoube” (qu’il m’en a fallu du courage pour lui dire “c’est joué” après avoir osé adouber, bien plus que lorsque je mettais son roi en échec !).

Pendant longtemps j’ai perdu. Je jouais trop vite, je ne voyais pas du tout sa stratégie et le “mat !” me tombait dessus par surprise le plus souvent. Mais un jour, j’ai senti confusément qu’en réfléchissant calmement et en allant vers ce roi adverse, on pouvait créer des situations (et ressentir des émotions intenses). Jusqu’au soir où, je devais avoir une dizaine d’années, après une lutte intense contre moi-même, je l’ai battu !

Freud soit loué ! Enfin, ça y était, je me sentais homme ! (Il a fallu attendre bien des années et mon dépucelage pour ressentir la même impression de totale transformation…) Je n’ai pas le souvenir qu’il m’ait proposé d’autres parties par la suite.

Et c’est très logiquement que dès qu’il a eu 3 ans environ, j’ai transmis cela à mon fils, le faisant disposer les pièces de ce même jeu fantaisie, le battant régulièrement et facilement pendant longtemps, jusqu’au jour où… Freud soit maudit !

Je reviendrai souvent sur tout ce qui est lié à ce jeu car il m’accompagne partout…

Dans les yeux

On peut tout lire dans un regard.

Deviner des intentions, lire un désir, s’inventer un futur…

J’ai toujours les yeux qui semblent traîner et qui s’accrochent inévitablement sur le regard de celles et ceux qui font de même.

Souvent, je me perds dans ces instants et ce coup d’oeil dure bien plus que ce qui est correct. Cela crée des situations ambiguës car l’autre aussi a gardé son regard rivé au mien. Et on ne sait plus, à la fin, qui a dit quoi. Sans compter que souvent c’est un conjoint qui prend ça mal.

Pourtant c’est tellement beau de se regarder parfois.

Je louche ?

Tout est dans le titre. Celui du blog, pas celui de ce billet.

Ecrire sous deux identités, tenir deux blogs aussi différents, cela devient délicat. Je me retrouve à écrire des billets très personnels là où on n’en attend pas forcément et ici, du coup, je sèche !

Donc, on se calme, on revient au fondamental : l’autre blog, c’est seulement celui-là. C’est bien ici que je mélange et tire au hasard des pièces du puzzle. C’est ici que dans la plus parfaite tranquillité et vraiment à l’abri car totalement exposé que je peux le faire.

On ne connaîtra l’image qu’à la fin.

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